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Les meilleurs ennemis du microbiote

 

Les lymphocytes porteurs de la molécule CD4+ sont appelés "helper" ou "auxiliaires" et sont des composants majeurs de la réponse immunitaire adaptative, celle là même qui mémorise un microbe, fourbit ses récepteurs et affûte ses anticorps.

Au cours d'une infection, des cellules spéciales appelées cellules dendritiques (qui forment des prolongements un peu comme on en voit dans les neurones) avalent le microbe pour le digérer dans des organites cytoplasmiques tels les peroxysomes (usines à oxyder et donc à tuer – en principe - les microbes qui y sont conduits).

Puis les molécules du microbe sont associées au molécules du soi (molécules HLA ; la molécule CD4 reconnaît les molécules HLA de classe II) et présentées insérées dans la membrane cellulaire dendritique au lymphocyte CD4+ qui à ce stade est encore "naïf".

En effet celui-ci sous l'effet de la stimulation, va modifier son comportement et ses sécrétions, et se différencier (en termes d'activité). Le naïf ne l'est plus, il se divise et devient un vrai helper CD4+ pleinement efficace.

Ils peuvent curieusement se différencier en plusieurs sous populations effectrices, caractérisés entre autres par des profils de sécrétion différents (cytokines) générant une réponse immunitaire qui permet d'éliminer les intrus. Ainsi est sécrété l'interféron γ (IFN) par exemple, très efficace.

D'autres pathogènes induisent la sécrétion de l'interleukine 17, par exemple, par les mêmes lymphocytes qui travaillent dans ce cas un peu différemment : c'est la nature du microbe qui va déterminer un type de réponse donnée.

Après élimination du microorganisme, l'ordre est donné d'arrêter le combat, et subsistent quelques lymphocytes "mémoire", capables de réagir beaucoup plus vite ensuite si le même microbe réapparaît.

Ce préambule pour dire que le microbiote intestinal module la maturation, la différenciation et les fonctions effectrices des lymphocytes CD4+.

Les bactéries symbiotiques favorisent la mise en place des défenses immunitaires mais elles peuvent représenter potentiellement un danger pour l'hôte. En effet, dans l'intestin, tout le monde essaie de cohabiter (pas de pitié non plus dans ce monde de brutes). Or les bactéries sont capables de déclencher une inflammation intestinale délétère.

Le maintien d'un système discriminant les bactéries inoffensives de celles mal intentionnées est donc de la plus haute importance. IL existe un échange d'informations (un cross-talk) entre les 2 partenaires, l'hôte et ses petits copains bactériens.

En somme, la flore bénéfique, symbiotique, mutualiste, se fait discrète, elle envoie des petites infos concernant sa présence, sa densité. Par exemple, des morceaux de paroi bactérienne sont envoyés vers les lymphocytes pour leur signifier que les microbes sont là mais pas dangereux puisqu'il n'existe pas avec ce message de signal de danger.


 En somme, tout un système d'échange de molécules permet d'entretenir de bonnes relations pour tout le monde ; la flore tolère l'individu sans l'agresser (faut pas tuer l'aubergiste !), et l'individu n'agresse pas la flore qui est tenue à distance par tout un système très efficace (mucus, anticorps…) : faut pas tuer le client.


Il en va tout autrement lorsque la flore n'est plus tolérée, comme dans la maladie de Crohn : l'hôte agresse la flore qui se défend mal sans doute mais qui souffre surtout ; c'est le marasme social du microbiote, avec ses altérations fonctionnelles et nutritionnelles, qui déclenche la maladie. D'ailleurs, on sait depuis longue date que le microbiote des malades atteints de Crohn est très altérée voire absente : d'autres comme le Candida Albicans prennent la place mais n'instaurent plus du tout un climat bon enfant de mutualisme. La Candida fait cavalier seul, l'égoïste parfait !

Le problème dans tout ça c'est que l'inflammation locale produite inéluctablement par la bataille altère considérablement l'étanchéité de la paroi intestinale, qui laisse alors passer des microbes au hasard. On se retrouve dans une belle cacophonie biologique, ségréguer le bon grain de l'ivraie, garder les bons et virer les méchants.

Comment faire ? D'autant qu'il n'est pas rare de voir démarrer une maladie auto-immune après une infection intestinale : le problème est d'importance.

Les travaux récents révèlent qu'en fait le système immunitaire peut être incapable de faire la distinction entre microbes commensaux et pathogènes au cours d'une infection gastro-intestinale. La rupture de barrière intestinale occasionnée par la prolifération de l'agent infectieux abroge l'état de tolérance envers les commensaux, initie une réponse immunitaire sans distinction, et des lymphocytes CD4+ mémoire envers les commensaux sont créés une fois l'infection résolue.

On comprend l'intérêt de prendre des probiotiques à forte dose dès le début d'affections gastro-intestinales. Mais pas que intestinales ! Étant donné la diffusion des informations à toutes les muqueuses, une infection pulmonaire sera aussi bien mise à mal par la prise de probiotiques. On pourrait recommander dès les premiers symptômes de prendre des huiles essentielles anti-inflammatoires et antimicrobiennes (origan, tea tree, ravansaire…) avec une dose journalière de par exemple 60 milliards de probiotiques. Oui, ça cogne fort dans le microbiote, mais l'infection peut être stoppée en 24 heures. Si c'est évidemment empirique, mais logique, je vous assure qu'en pratique c'est extrêmement efficace. On n'a pas encore le réflexe de penser probiotique pour une sinusite ou autre… et on n'ose pas avaler de grosses doses de probiotiques… C'est dans la tête !