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Le microbiote se dérégule après un AVC

  Les ischémies cérébrales induisent des réactions locales neuro-inflammatoires évidemment, mais aussi une activation immunitaire périphérique rapide et localisée des lymphocytes T.

   V. Singh et coll. ont voulu explorer plus avant le lien existant entre ischémie cérébrale aiguë, altérations du microbiote intestinal, et réponse immune après lésions cérébrales.

   En utilisant différents modèles d’occlusions d’artères cérébrales sur des modèles murins (encore une fois les souris qui s'y collent..), l’équipe allemande a observé, 3 jours après un AVC sévère, des altérations de la composition du microbiote intestinal. Une diminution significative de la diversité des espèces et une augmentation du phylum des Bacteroïdetes ont pu être identifiées comme des signatures de dysbiose du microbiote post-AVC en association avec une hyper-perméabilité de la barrière intestinale et une réduction de la motilité de celui-ci.

   Par ailleurs, la transplantation fécale est neuro-protectrice après AVC. Des souris sans flore intestinale (axéniques) ont été colonisées par transplantation fécale issue de microbiotes provenant :

  • soit de souris en état d’ischémie cérébrale post-AVC
  • soit de souris avec un microbiote normal.

    Puis ces souris transplantées ont été soumises à un AVC expérimental. Il a été observé que, dans le 1er groupe, le volume lésionnel ischémique et les déficits fonctionnels neurologiques étaient plus marqués.

   De plus, au niveau immunologique, la recolonisation des souris avec un microbiome dysbiotique induisait une stimulation pro-inflammatoire des lymphocytes T dans le compartiment immunitaire intestinal et dans le cerveau ischémique. En outre, l’équipe a pu prouver la migration de lymphocytes intestinaux dans le cerveau ischémique.

   Dans une autre expérience, les chercheurs allemands ont provoqué une ischémie expérimentale, puis effectué des transplantations fécales chaque jour, ce qui a permis la réduction des lésions après AVC massif. Ce phénomène est associé à une augmentation du nombre des cellules Treg Foxp3+ (régulatrices), dans les organes immuns périphériques et dans les tissus ischémiques.

    Ainsi, la transplantation fécale de microbiote normal améliore les lésions cérébrales et par conséquent le pronostic des AVC. Ces résultats suggèrent donc un nouveau mécanisme dans lequel le microbiote intestinal subit des altérations induites par les AVC.

 L’axe « intestin-cerveau », un domaine émergeant en neuroscience et en neuro-immunologie.

   La transplantation fécale normalise la dysbiose post-AVC et est associée à une amélioration du pronostic de celui-ci. On a montré que la dysbiose était à l’origine de modifications cellulaires T, dans l’induction d’une réponse pro-inflammatoire et dans la détérioration du pronostic des AVC.

   Ceci montre une nouvelle et complexe interaction entre le cerveau et le microbiote intestinal, mais quoi qu'il en soit, une preuve de plus en faveur du maintien d'un microbiote intestinal en bonne santé !



Source

Singh V et coll. Microbiota Dysbiosis Controls the Neuroinflammatory Response after Stroke. J Neurosci., 2016 ; 36:7428-7440.