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 Des bactéries sauveront-elles les foies humains des dégâts de l’alcool ?


   Des travaux le suggèrent.

   L'atteinte hépatique varie considérablement d’un patient à l’autre. A consommation d’alcool équivalente, les uns évoluent vers une stéatose (foie gras), les autres vers une hépatite toxique ou une cirrhose voire un cancer.

   L’inégalité face à l’alcool existe chez la souris (bizarre quand même des souris pochardes...! les pôvres...). Il a ainsi été observé que, d’un groupe à l’autre de souris de même souche, alcoolisées suivant le même protocole, l’évolution différait suivant l’animalerie où ces souris étaient élevées. Dans l’animalerie A, les souris ne présentaient presque pas de lésion après alcoolisation aux heures de bistrot, dans l’animalerie B elles présentaient une inflammation hépatique avec une stéatose prononcée (le bistrot n'ouvre pas plus longtemps !). Pour expliquer cette inégalité, un suspect: le microbiote intestinal, dont l’influence sur la santé, via ses actions métaboliques et immunologiques, est aujourd’hui universellement reconnue.

   Une étude sur 37 patients consommant plus de 80g d’alcool par jour a montré que la sévérité des lésions était associée à un profil particulier du microbiote intestinal (un godet de 4 cl de whisky c'est 12 g d'alcool pur). Même constat chez la souris, où un genre particulier de bactéries, les Bacteroides, semble influencer les effets de l’alcool. Chez les souris de l’animalerie B, le microbiote était en effet diminué d’un facteur 2 en Bacteroides.

   D’où l’idée d’utiliser ce microbiote comme médicament.

     le transfert de microbiote pour préserver le foie des dégâts de l’alcool ?

   Cette technique a été testée chez la souris, où les fèces de souris de l’animalerie A ont été transférées aux souris de l’animalerie B, avec succès puisque le niveau de Bacteroides a remonté chez les receveuses.

   Un traitement prébiotique par pectine, connue pour favoriser la croissance des Bacteroides, (et gélifier les confitures) a permis de moduler dans le même sens et avec le même succès le microbiote des souris de l’animalerie B.

   Dans les deux cas, les souris alcoolisées sous pectine ont présenté une évolution moins péjorative (absence de stéatose, normalisation des transaminases et du niveau des gènes de l’inflammation) comparativement aux souris alcoolisées sans traitement préalable. Cela suggère que le contrôle du microbiote intestinal par traitement prébiotique ou probiotique pourrait protéger le foie de patients non abstinents (on y revient toujours... aux probiotiques et/ou aux prébiotiques ! forcément)

   Reste à déterminer quelle dose de pectine et quelle pectine est efficace chez l’homme, quelle(s) bactérie(s) au sein du genre Bacteroides est/sont impliquée(s) et protectrices, et par quel mécanisme. Il y aurait un petit favori : Bacteroides tetaiotamicron. Chez les souris alcooliques malades, il y a une baisse de production de mucines qui semble restaurée après traitement par B. tetaiotamicron mais cela est encore en cours d’analyse.

   Tout ça semble assez normal, car le foie est branché en direct sur l'intestin !


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Cassard-Doulcier A.-M., Cailleux F., Ferrere G. S103. Corriger la dysbiose intestinale prévient les lésions hépatiques induites par l’alcool 21 mars 2014. Journées francophones d’hépato-gastroentérologie et d’oncologie digestive. Paris.

Agostini J, Berrebi D, Bruneau A. CO11. Une dysbiose intestinale explique l’inégalité du risque hépatique face à l’alcool 21 mars 2014. Journées francophones d’hépato-gastroentérologie et d’oncologie digestive. Paris.