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  Manger froid, viande froide, pour refroidir le climat ?

 Un des plus prestigieux journaux médicaux au monde, The Lancet, a ouvert son éditorial en 2009 sur le fait que le changement climatique représentait le plus grand risque pour la santé globale au 21ème siècle et que concomitamment, les maladies chroniques étaient de loin la première cause de mortalité.

 Pourrait-on combattre les 2 en même temps ? Par exemple, rouler en vélo plutôt qu'en voiture est un acte gagnant–gagnant-gagnant, bon pour la population, bon pour la planète et bon pour le portefeuille. Bon pour nous et l'environnement, et peu cher.

Existe t'il une situation similaire gagnant-gagnant en nutrition ?

La réponse est oui, cent fois oui.

 Les aliments développant le plus de gaz à effet de serre sont aussi ceux qui contribuent à la majorité des maladies chroniques de fin de civilisation. Les viandes – vache, mouton, porc et poulet, mais aussi les poissons, les œufs et les produits laitiers sont les aliments ayant le plus d'impact environnemental. (voir tableau ICI)

 En Suède, on mange approximativement 65 kilos de viande par personne et par an, soit 10 kilos de plus qu'il y a 10 ans. Le gouvernement suédois a récemment retoqué ses recommandations alimentaires visant à encourager les citoyens à manger moins de viande.

 Les graines, les noix, les haricots, les fruits et légumes ont le plus faible impact environnemental. Non seulement les aliments ayant le plus fort impact sur l'environnement tendent à avoir une qualité nutritionnelle faible, ils possèdent en sus un prix plus élevé au kilo. Forts de cette constatation, on comprend que l'on peut esquisser un scénario gagnant-gagnant.

 La commission européenne et le gouvernement de l'union européenne, ont financé une étude sur les moyens d'atténuer le réchauffement terrestre. Dans le domaine des transports, si les européens commençaient à conduire des véhicules électriques, on pourrait prévenir l'émission de 174 millions de tonnes de carbone par an. On pourrait aussi abaisser un peu le thermostat, et enfiler un pullover.

 Mais la chose la plus puissante que la population pourrait faire, c'est d'adopter une alimentation sans viande. Ce que nous mangeons a plus d'impact sur le réchauffement climatique que sur la façon de conduire, même en alternance ! Même simplement retirer les protéines animales un jour par semaine pourrait avoir un effet puissant. Un seul jour dans viande pourrait être plus efficace que le travail à domicile en semaine sans utilisation de voiture. Et passer à un régime strictement végétal serait encore mieux.

 Globalement, les études montrent qu'un changement alimentaire modéré n'est pas suffisant pour réduire drastiquement l'impact de la consommation sur l'environnement. Changer pour une alimentation saine, sans réduction vraiment significative de viande et de produits laitiers, peut seulement aboutir à une réduction plutôt mineure de l'impact environnemental en Europe.

 Car il faut en moyenne fournir 25 kilocalories d'énergie fossile pour produire 1 kilocalorie protéique animale, soit plus de 11 fois la quantité nécessaire à la production de protéines végétales, qui utilise environ 2 kilocalories d'énergie fossile pour l'obtention d'1 kilocalorie protéique végétale.

 Des chercheurs en Italie ont comparé 7 régimes alimentaires différents pour voir si l'un deux était sympa pour l'environnement (European Journal of Clinical Nutrition (2007) 61, 279-286). Ils ont comparé :

  • un régime omnivore conventionnel selon les recommandations,
  • un régime omnivore biologique,
  • un régime végétarien conventionnel,
  • un régime végétarien biologique,
  • un régime végétalien conventionnel,
  • un régime végétalien biologique,
  • un régime normal italien conventionnel.

(absorbé actuellement en moyenne par une personne).

 Pour chaque régime, ils ont mesuré les carcinogènes, la pollution, la pollution aérienne, les changements climatiques, les effets sur la couche d'ozone et sur l'écosystème, les pluies acides, et l'utilisation de toutes les sortes de carburants fossiles. Voici ce qu'ils ont trouvé.

 Si l'on mange une alimentation saine, conforme aux recommandations, l'impact environnemental serait significativement moindre. Une alimentation omnivore biologique fait mieux, tout comme un régime végétarien conventionnel. Mais le must, ce sont le régime végétarien biologique, végétalien conventionnel et surtout le végétalien biologique. C'est ce dernier qui remporte la palme d'or, et de loin, sur tous les items.

 Le rapport de la commission explicite que les nombreuses et fortes barrières à la réduction de la production animale sont représentées principalement par l'absence de connaissances, l'enracinement des habitudes et des cultures alimentaires. Les mesures politiques proposées dans les conclusions de l'étude font appel à des taxes sur les protéines animales et sur la viande, à des campagnes d'éducation scolaire, à des campagnes d'informations de masse sur les émissions des gaz à effet de serre ainsi que sur les labels alimentaires (avril 2012, Delft).

 L'atténuation du réchauffement climatique est chère. Une transition globale vers seulement une petite restriction de viande, comme recommandée pour des raisons de santé d'ailleurs, peut réduire les couts liés à la lutte contre le réchauffement. Une alimentation sans protéines animales pourrait fortement améliorer le PIB d'un pays (de 5 à 80 %), selon les modélisations économiques réalisées. Que d'économies réalisées, pouvant être – entre autres - utilisées pour ralentir le réchauffement !

 Mais beaucoup ne sont pas conscients des liens existant entre les choix alimentaires et leurs impacts sur la santé et l'environnement. Il semble que très peu de gens soient conscients que le secteur d'élevage est un des plus grands contributeurs à l'émission des gaz à effet de serre, et que c'est le secteur qui consomme le plus d'eau. Mais cela change doucement.

 Le service national de santé (NHS) est un des plus gros acheteurs de nourriture au Royaume Uni, et prochainement les malades, les visiteurs, et les équipes auront des menus sains appauvris en carbone, avec moins de viande, moins de produits laitiers et d'œufs, car la viande c'est de la chaleur ! Belle stratégie. D'autant que moins de viande, c'est par exemple moins de cancer colorectal.

 Manger moins de viande, et choisir ce que l'on mange avec attention est de fait le meilleur choix environnemental que l'on peut faire. D'autant que d'un point de vue santé, il n'y a vraiment aucune raison de manger autant de viande que nous ne le faisons aujourd'hui.

 Pour maintenir l'objectif de réduction du réchauffement climatique, il faut clairement réduire les émissions de gaz à effet de serre du bétail, et diminuer par 2 la consommation de viandes dans les pays riches. Ambition salutaire mais bien improbable si le citoyen n'est pas "récompensé" directement… Mais heureusement, si cela est bien compris, on peut engranger un autre dividende : d'importants bénéfices sur sa santé. Car en aidant la planète on s'aide soi même, et comme vous le savez, on aide son microbiote… bien évidemment !