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 Le Resvératrol (des forêts ?)

Introduction

  Chez les mammifères, les rythmes physiologiques et le comportement sont sous le contrôle d’une horloge biologique composée d’un élément central localisé dans le cerveau au niveau des noyaux suprachiasmatiques (NSC) de l’hypothalamus mais également d’oscillateurs périphériques présents dans la plupart des cellules de l’organisme.

   Bien que l’horloge centrale soit essentiellement entraînée par les cycles lumière-obscurité, des horloges périphériques peuvent être entraînées par des signaux secondaires tels que l’alimentation et en particulier les rythmes journaliers de prise alimentaire.

   De nombreuses études se sont intéressées à l’influence de la prise alimentaire (rythme de prise alimentaire, quantité de calories ingérées) sur les rythmes circadiens (Mendoza, 2007). Toutefois, très peu de travaux existent sur la relation entre nutriments et horloge circadienne.

   Il a été décrit que le resvératrol, un polyphénol présent dans une grande variété d’aliments incluant des légumes, des fruits, des graines, le thé et le vin (Baur and Sinclair, 2006), est capable de réguler certains gènes de l’horloge circadienne dans des cultures de fibroblastes de rat (Rat-1 fibroblast) (Oike et al., 2008).

   Le resvératrol est décrit pour ses effets protecteurs sur les pathologies cardiovasculaires et neurodégénératives et le cancer (Baur, 2010; Sun et al., 2010) et pour ses propriétés anti-vieillissement, anti-oxydante et antiinflammatoires (Xia et al., 2010; Zhang et al., 2010).

   Il a été proposé que l’effet positif du resvératrol sur les pathologies liées à l’âge passerait par l’activation du gène SIRT1, codant pour la protéine sirtuin 1, une déacétylase NAD(+) dépendante (Das et al., 2010). SIRT1 pourrait constituer une cible thérapeutique pour le traitement de certaines pathologies liées à l’âge et apparaît comme étant impliqué dans les effets bénéfiques de protocoles de restriction calorique (Cantó and Auwerx, 2009).

L'étude  

      Étant donné la relation étroite entre métabolisme et horloge biologique, on a testé les effets du resvératrol sur l’horloge circadienne chez un primate non-humain, le Microcèbe.

     

      Pour cela, les rythmes d’activité locomotrice et de température corporelle ont été suivis chez 7 animaux jeunes et chez 6 animaux âgés, pendant 2 semaines en conditions d’obscurité complète (DD, Dark-Dark : 12 h d'obscurité + 12 h d'obscurité) sous un régime contrôle, suivies 2 semaines d’une supplémentation alimentaire en resvératrol, également en condition DD. Les animaux ont donc passé 1 mois "jour et nuit" dans le noir total.

      Il a été observé un raccourcissement de la période endogène chez les animaux jeunes et âgés pendant la période de supplémentation en resvératrol comparativement à la période contrôle (-15 min chez les jeunes et -45 min chez les âgés).

     Ce qui veut dire que les rythmes biologiques constatés sur divers paramètres sanguins notamment tendent à raccourcir la durée d'une "journée biologique" de 15 et 45 minutes. Pour bien comprendre ces notions peu habituelles, sachez qu'un homme enfermé dans une caverne donc dans dans le noir total voit son "jour biologique" passer de 24 h à 25 heures ; dans la vie terrestre, hors caverne (!) c'est le soleil qui recale le rythme sur 24 h.

    Ce raccourcissement de la période s’accompagnait d’une diminution de la température corporelle moyenne chez les deux groupes d’âges et d’une diminution de l’activité locomotrice chez les jeunes seulement.

     Le resvératrol semble donc capable de modifier la régulation de l’horloge circadienne chez un primate. Suite à cette première étude, on a ensuite émis l’hypothèse que le resvératrol pourrait agir sur la régulation des rythmes veille-sommeil.

     On a donc évalué les effets d’une supplémentation à court-terme en resvératrol sur les rythmes veille-sommeil enregistrés par électroencéphalographie (EEG) pendant la photopériode longue (lumière-obscurité 14:10). (la photopériode c'est le rapport entre temps de lumière/temps d'obscurité : ici, 14 h de lumière et 10 h de noir sur 24 h)

     

Le microcèbe est un petit primate prosimien originaire de Madagascar aux rythmes
circadiens très prononcés, présentant notamment des épisodes d’hypothermie journalière
(torpeur) caractérisés par une température corporelle élevée pendant la période active et une chute de cette dernière jusqu’à un minimum au cours de la phase de repos diurne.


     Après 3 semaines de supplémentation en resvératrol, on a pu observer une augmentation significative de la proportion de veille active pendant la phase de repos des animaux qui s’accompagnait d’une réduction massive du sommeil paradoxal et du sommeil profond (à ondes lentes).

      Ces données suggèrent que le resvératrol pourrait être un puissant régulateur des rythmes veille-sommeil. Ces propriétés, uniques pour un composé nutritionnel, pourraient avoir un intérêt clinique dans le contexte du traitement de perturbations circadiennes et de l’étude des effets du resvératrol sur la santé.

      Évidemment, on peut se poser la question du stress manifeste pour les animaux de vivre 1 mois dans le noir, ce qui peut biaiser fortement l'étude...

     En tous cas, puisque le pinard contient pas mal de resvératrol qui augmente fortement la vigilance - dans cette étude au moins, moi pour tenir le coup sur la route, je vais m'y mettre le plus tôt possible !


Sources :

Pifferi F et al. Resveratrol dietary supplementation shortens the free-running circadian period and decreases body temperature in a prosimian primate. J Biol Rhythms. 2011 Jun;26(3):271-5.
et
Pifferi F et al. Effects of dietary resveratrol on the sleep-wake cycle in the non-human primate gray mouse lemur
(Microcebus murinus). Chronobiol Int. 2012 Apr;29(3):261-70.