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Les médicaments inhibiteurs de pompe à protons (IPP) soupçonnés de déclencher des diarrhées à Clostridium difficile

Ces médicaments largement prescrits à l’étranger et évidemment en France servent à diminuer voire arrêter totalement la sécrétion acide de l’estomac. Ils sont donc prescrits en général dans l’ulcère gastro-duodénal et les gastrites chroniques engendrant des symptomes d’hyperacidité, de reflux acides dans l’oesophage, de brûlures... symptômes bien connus. On les utilise aussi parfois pour tenter de protéger les muqueuses digestives de l’action «corrosive» des anti-inflammatoires oraux.

Ces médicaments sont actifs en général 24 heures sur 24, et élèvent notablement le pH. Ce qui n’est pas du tout physiologique : les bactéries de l’intestin grêle, surtout celles de la partie distale, voient leur environnement changer fortement et un certain nombre de gastro-entérologues avait déjà attiré l’attention sur ce point ; ils craignaient que l’emploi de tels médicaments sur une période prolongée ne serait pas sans effet sur le microbiote. En somme, on craint, et non sans raison, que la composition de la flore intestinale ne change : les bactéries ne supportant pas un environnement qui s’alcalinise meurent, et évidemment dans l’écosystème, sont remplacées par d’autres bactéries qui normalement ne pourraient pas s’implanter. Ces autres bactéries «opportunistes» peuvent ne pas avoir le même impact sur le métabolisme, l’immunité, ou d’autres fonctions digestives. Bref, nous ne sommes plus en adéquation avec notre flore, et le système immunitaire non plus. 

Tout cela est certes théorique et scientifiquement fondé, mais voilà que les faits arrivent : l’implantation anormale de ces bactéries Clostridium difficile, ou bien leur prolifération en surnombre est fortement suspectée d’être la conséquence de l’emploi de ces IPP. Ces bactéries sont connues pour être très dangereuses, sont difficiles à traiter, et déclenchent des diarrhées infectieuses (diarrhée hydrique, fièvre, douleurs abdominales...). Ces sont des bactéries qui font partie du cauchemar des microbiologistes depuis des années, elles sont souvent multi-résistantes aux antibiotiques, et sont fréquemment retrouvées dans les infections nosocomiales à l’hôpital.

De quels médicaments s’agit-il ?

  • DEXLANZOPRAZOLE (Labo Takeda)
  • ESOMEPRAZOLE (Labo AstraZeneca) 
  • ESOMEPRAZOLE + NAPROXENE (Labo AstraZeneca) naproxène est un anti-inflammatoire non stéroïdien puissant, associé ici ( vous connaissez la naprozine en France...)
  • LANZOPRAZOLE (Labo Takeda)
  • OMEPRAZOLE (Labo Procter & Gamble, Zegerid, Merck) 
  • PANTOPRAZOLE (Labo Pfizer)
  • RABEPRAZOLE (Labo Eisai)

On retrouve en France plusieurs de ces molécules, lisez les notices et les boites de médicaments (comme toujours d’ailleurs !). L’ennui, c’est que de plus en plus de ces molécules deviennent délivrables sans ordonnance, c’est à dire en vente libre...