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Indignation

Au lieu de se servir de nos émotions, de découvrir ce qu’elles apprennent sur nous, nous les projetons sur une espèce d’écran de télé, d’ordinateur ou de tablette pour les visionner, simplement les effleurer, et passer à la suivante dare dare sans avoir même un peu de conscience de ce qui se passe en nous. Un genre de catalogue sans intérêt reçu dans notre boîte aux lettres cérébrale. Flashy, mais pas d’arrêt sur image, pas de temps de repos, pas le temps de souffler, même pas le temps de voir.

Regarder sans voir, c’est ça les temps ultramodernes de l’image.

  Mais le siècle n’est que ce que l’on en fait, c'est à dire au plan individuel; c'est lui qui fait le progrès ; du temps qui passe, rempli de ce que vous apportez. Euh, que vois-je ? On apporte son soda zéro pointé et ses adidas vietnamiennes délacées pour les 20 heures (y z’on tous des vingteures depuis qu’on a inventé la photo très copieuse).

Ceux qui font activement partie de l’association Cana-Pet-Zapp, (135  euros cétélem ou cofinco à 20% l’an pour y adhérer - une aubaine pour les surendettés T) sont franchement gâtés. Descriptif : on se regarde sans se voir, disons entre 19 heures et minuit, dans un siège plus ou moins confortable où l’on s’abandonne – ça dit bien ce que ça veut dire - ou même dans un lit, l’œil à travers cet écran plat, de plus en plus plat… devant lequel, quelques instants plus tard, on s’est endormi ! Le prix du sommeil, le sale air de la peur.

Véritable réalité scientifique reproductible, plus la télé s’aplatit, plus le ventre s’épaissit. Pour ne parler que de lui ! Devant le nombre impressionnant d’heures de sommeil passées devant la télé, c’est très très cher le kilogramme d’émission de tissu adipeux. Mais chaque membre, plutôt chaque adhérent, enfin plutôt chaque affilié (ça n’existe pas les affilibres), ça devient dur de trouver un mot juste, mais bon chaque zappeur y a droit tous les jours. Ouf ! Sans modération pour une fois.

Tiens, là je m'indigne !

Moi je zappe vraiment me dit mon voisin de box, je ne m’endors pas, mes émotions filent dans un flot continu de syllabes comme un espace de pub blabla-visuelle. Moi je suis normal pour la dégécécéreffe et l’insait ! Monsieur le ministre Conso Agropharmazzi (ben oui ça fait trop maffiosi et alors ? Berlusconi d’Hirondelle c’est pas mal non plus et pourtant ça ne rime pas avec panier de crabes) me le con-firme : je suis un homme calibré, numéroté, à priori frais jusqu’au – mais je ne suis pas dupe, c’est pour les assurances, tiens. 

Elevé dans mon salon de l’agriculture, je ne suis pas encore une plante verte en Bisphénol A laqué phtalate, à côté de ma femme laitière de 150 kilos qui la semaine dernière a écrabouillé mon nouveau canapé convertible ikéa-cetelem à la première tentative de vêlage. Je peux même dépasser la limite administrative, et me vendre sur internet à destination de l’Afrique. Mais je perdrai beaucoup, rapport aux rétro-commissions. Ca me rappelle un vieil air de burkina fasol, mais je ne me souviens plus de la mélodie… En ce moment, on ne danse que la camerounaise. Vous savez, au son du canon, pon pon, dansons la camerougnole. Mali soit qui mal y pense.

Alors revenons à notre quotidien. Désocialisation en réseau, à peine une ébauche de babillage enchevêtré et chaotique pendant les presque quatre heures quotidiennes sur écran LCD ou plasma ultra-mince ultra large mais si peu profond. Parcours botanique de 9 m² par 24 heures compris entre Coca-cola, Mac Do and co vers la chambre, Père Dodu et Haribo vers la cuisine, Nestlé-Danone-Nutella vers les chiottes, et tout le reste au nord, parce que là, on l’a perdu et on y met tout en vrac. Ca fait peur le nord, sombre septentrion (les 7 bœufs !) d’où l’on ne perçoit pas la lumière… Un vrai débarras pour y entasser les raclures auto-collantes des farines d'animaux anthropophages.

De Charybde en Scylla ? Non ! On a trouvé plus vendeur : de kébab en pizza !

Les volailles, on les gave, dans le meilleur des cas, pendant 14 jours avant d’obtenir un foie gras : il paraît même que c’est le minimum légal. Seulement, le foie gras c’est infiniment meilleur avec de la truffe noire : mais là, il en faut si peu… alors finalement, vraiment, pourquoi aimez vous le foie gras – si par aventure vous l’appréciez ? Analysez le goût, expulsez la senteur par les narines, et que se passe t’il ? Deux solutions possibles : soit votre nez est un nez, soit il est un groin. Je vous laisse à votre appréciation toute intérieure. Alors maintenant, déplacez votre regard en bas, en oblique et à droite… vers votre foie à vous. Vous le sentez ? Bien ! Est-il gavé au maïs ou bien est-il parfumé à la truffe ? 

L’homme, lui, c’est 365 jours par an qu’on le gave. Si on regarde, à la volée ou à la louche, le foie pèse 2 kilos et le cerveau 1 kilo 500. Marrant. Encore plus rigolo : 2 kilos de bactéries dans l'intestin. On ne sait plus à quel cerveau se vouer.

Brel déjà était gavé au flamand, l’histoire se répète de façon prévisible, on change juste les noms des protagonistes.  Il n’y a pas succombé, mais l’indigestion était critique et il a beaucoup vomi. C’est vrai que la culture du flamand était florissante à une certaine époque. Elle a été remplacée par la culture pub, je sais, vous connaissez bien. Le flamand d’Europe actuel correspond bien et son cerveau obtient le même résultat : un cerveau bien gras. Ajoutez le pop corn, le redbull, la pizza vélomoteur, le kébab à domicile, les bonbons ou les chips goût barbecue à la gélatine, et vous avez le diabète en promo pour Pâques ou la Pentecôte.

Même le pape a démissionné ! signe des temps…