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 La psychose à gluten

Confirmation d'une nouvelle entité clinique !


La SGNC est un syndrome diagnostiqué chez les patients qui répondent au retrait alimentaire du gluten, sans présence d'allergie ni de manifestation de maladie cœliaque. Sa description correspond à un grand nombre de personnes précédemment étiquetées "syndrome de l'intestin irritable ou "troubles psychosomatiques". La majorité sont des adultes.

 

La SGNC a été mise en relation avec des troubles du spectre autistique, neuropsychiatriques, la schizophrénie, et la dépression.

 

La présentation classique est en effet une combinaison de symptômes gastro-intestinaux :

 

  • Douleur abdominale
  • Ballonnements,
  • Constipation et/ou diarrhée,

 

Et des manifestations plus générales comme:

 

  • Esprit embrouillé,
  • Dépression,
  • Maux de tête,
  • Fatigue,
  • Engourdissement des membres.

 

Le mécanisme d'action proposé comprend une hyperperméabilité intestinale, responsable du passage anormal de peptides du gluten (je rappelle en effet que le gluten n'est pas bien digéré dans l'intestin, il reste une cinquantaine de peptides et non pas des acides aminés à l'unité capables d'être absorbés normalement). Ces petides peuvent atteindre le système nerveux central et stimuler les récepteurs opioïdes et/ou causer une neuro-inflammation.

 

Un cas présentant des hallucinations a été décrit auparavant chez un adulte montrant incontestablement une relation entre le gluten et les troubles psychotiques.

 

C'est un nouveau cas, chez une jeune fille de 14 ans qui vient d'être rapporté.

 

Elle est l'aînée, née normalement, de parents non consanguins. Son enfance et son développement sont normaux. Sa mère est porteuse d'une thyroïdite auto-immune. Jusqu'à l'âge de 12 ans, tout va bien.


En mai 2012, elle présente un épisode fébrile et devient irritable avec des céphalées et montre des difficultés de concentration. Un mois plus tard, ses symptômes s'aggravent, elle présente de forts maux de tête, des problèmes de sommeil, une altération du comportement, et des crises d'apathie et de pleurs sans raison apparente. Ses performances scolaires déclinent. Elle montre une haleine épouvantable (halitose) qui n'a jamais existé auparavant. La fille est amenée chez le psychiatre, celui-ci diagnostique une conversion somatique et prescrit une benzodiazépine (tranquillisant type Lexomil ou Tranxène par exemple).


En juin 2012, pendant les examens de fin d'année, les symptômes psychiatriques précédents s'aggravent et elle fait des hallucinations : scènes avec sa famille (elle entend sa sœur avoir avec son petit ami de mauvaises discussions, ou bien sans (elle voit des gens sortir de l'écran de télévision et fondre sur elle en la menaçant), et des hallucinations au moment de s'endormir (hypnagogiques). On ne peut pas distinguer vraiment la réalité de ses hallucinations.

 

Avec tout ça, elle a perdu 5 % de son poids, elle a une distension abdominale importante et une constipation sévère. Elle entre en service de psychiatrie. Le seul paramètre anormal relevé c'est la présence d'anticorps anti thyroglobuline et anti thioperoxydase (rentrant dans le cadre d'une hypothyroïdie auto-immune). L'électroencéphalogramme montre des anomalies non spécifiques et une activité à ondes lentes. Un scanner cérébral et un holter tensionnel reviennent normaux. On suspecte une encéphalopathie auto-immune (pour faire court !) et on prescrit un traitement cortisoné. La cortisone améliore quelque peu la jeune fille, qui demeure négligée, apathique, avec un langage pauvre, et se met en retrait social. La mère dit qu'elle n'est pas revenue à son état normal.

 

En septembre 2012, peu après avoir mangé des nouilles, elle pousse des cris d'appel, avec confusion, ataxie, anxiété sévère et délire paranoïde. Évidemment, retour dans le service de psy. On pense qu'elle fait une rechute de son encéphalopathie, et on instaure un traitement intraveineux à base de cortisone et d'immunoglobulines. Durant les mois suivants, d'autres hospitalisations sont motivées par la récurrence de troubles psychiatriques. Fond d'œil, IRM du cerveau et de la mœlle épinière, ponction lombaire : circulez, rien à voir. On trouve une anémie microcytaire avec une ferritine basse (carence en fer) et une élévation modérée de la calprotectine fécale (bon marqueur de lésions de la muqueuse intestinale).


En septembre 2013, elle présente une fatigue importante, des douleurs abdominales sévères, un ralentissement de la parole, une dépression, des pensées distordues et paranoïdes avec des idées suicidaires et un pré-coma. On la soigne avec des antipsychotiques de seconde génération (ex. olanzapine) mais rien n'y fait.


En novembre 2013, à cause de troubles intestinaux associés à une perte de poids de 15 %, un nutritionniste est appelé au secours et la met dare-dare au régime sans gluten. Surprise sur prise, en moins d'une semaine, les troubles digestifs et psychiatriques disparaissent. Pendant plusieurs moins, à chaque petit écart de gluten, immédiatement réapparaissent les troubles psychiatriques pendant plusieurs heures et les troubles digestifs mettent 2 à 3 jours à disparaître.

 

En avril 2014, on suspecte une SGNC (enfin). Les tests d'allergie sont négatifs, et elle n'a pas de maladie cœliaque. On réalise alors un test en double-aveugle avec de la farine (4 g par jour) de blé ou de riz. Rien ne se passe avec le riz… mais avec le blé… badaboum !

 

Un mois après être revenue à son régime sans gluten après le test en double aveugle, la calprotectine fécale revient à la normale, la ferritine est remontée, l'électroencéphalogramme est normal. On arrête progressivement le traitement psychiatrique et la mère déclare qu'elle a retrouvé sa fille après 9 mois de régime sans gluten.

 

Un autre cas similaire chez une femme de 23 ans vient d'être décrit.

 

On a trouvé que le récepteur à la zonuline était présent dans le cerveau : une hyperperméabilité de la barrière hématoencéphalique est suspectée.

 

Comme quoi, on fait toujours appel au nutritionniste en dernier recours… mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

 

Lionetti E, Leonardi S, Franzonello C, Mancardi M, Ruggieri M, Catassi C. Gluten Psychosis: Confirmation of a New Clinical Entity. Nutrients 2015 Jul 8;7(7):5532-9.