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 Validation de la bêtise


  Les études contrôlées (sujets témoins) randomisées (répartition au hasard des participants) sont actuellement considérées comme le must des preuves scientifiques, et sont devenues le "gold standard". La moitié prend un traitement réputé actif, l'autre moitié une pilule sucrée : c'est bon pour évaluer un nouveau médicament, mais cette médecine basée sur les preuves a curieusement fait sa prise de tête, son grand bond en avant (!) en considérant que ce standard randomisé contrôlé de haute qualité était le SEUL standard de haute qualité. Ben tiens : une bonne main mise sur les thérapeutiques qui restent dans les mêmes girons, car c'est l'industrie du médicament qui a fait ce pas décisif, excluant arbitrairement toute autre thérapeutique médicale.

  Dans les revues de littérature de la base de données Cochrane, portant sur les interventions nutritionnelles dans la sclérose en plaques, il est conclu qu'il n'y a aucune alimentation efficace. Mais alors quid des succès obtenus en cas d'alimentation appauvrie en acides gras saturés, en gluten - le traitement nutritionnel le plus efficace jamais rapporté - publiés dans quelques unes des plus grandes revues mondiales ? Bien évidemment les auteurs des revues de littérature connaissent ces travaux, mais le montage structurel des expérimentations nutritionnelles ne rentre pas dans les critères d'inclusion imposés par la revue, parce qu'ils ne sont pas contrôlés. Exit !

  Demander des essais randomisés contrôlés fait sens pour les médicaments, qui sont très chers et risqués, tuant chaque année 20.000 personnes en France (par effets secondaires, et encore on est très frileux sur ces communications, et l'assurance maladie refuse obstinément de donner ses chiffres...). Mais une alimentation saine n'a pas d'effets collatéraux délétères, il n'y a juste que des effets bénéfiques ; il est bien clair qu'on ne devrait pas attendre des études randomisées contrôlées pour commencer à sauver des malades. On a entendu de piteux esprits "scientifiques" descendre ainsi les travaux de Jean Seignalet (et consorts, il n'est pas le seul) à ce titre (ils avaient l'air gêné quand même, mais bon un moment de honte est vite bu). Le fait de guérir ou de stopper définitivement l'évolution d'une maladie grave par une nutrithérapie m'a été reproché plusieurs fois au cours de mon exercice, au motif que ce n'était "pas conforme aux bonnes pratiques médicales". Les confrères ne supportent pas qu'on réussisse à leur place. J'aurais beaucoup à dire sur ces comportements psychotiques, et j'en ai rencontré en nombre !

  Considérons maintenant le fait de fumer. Il a fallu plus de 7000 études et la mort d'innombrables fumeurs avant d'obtenir un consensus de la communauté médicale, établissant un lien causal entre le fait de fumer et le cancer du poumon sans une seule étude randomisée contrôlée ! 

  Je me demande combien de gens souffrent actuellement inutilement en attendant un essai randomisé contrôlé pour confirmer les résultats obtenus par d'autres formes d'études toutes aussi sérieuses.

  En réalité, un statisticien célèbre aux USA, R.A. Fisher, avait fulminé (monsieur le pape) contre ce qu'il appelait la "propagande" utilisée pour convaincre le public que la fumée de cigarette était dangereuse. Puisqu'il ne pouvait fournir de preuves issues d'études randomisées contrôlées : mille enfants ne fumant pas, mille obligés à fumer au moins un paquet et demi par jour... Si ce type d’expérience avait été fait, alors il n'y aurait eu aucune difficulté. Peut-être même aurait-on découvert que ce n'est pas le fait de fumer qui cause le cancer du poumon, mais que ce serait l'inverse ! Dans ses débuts, le cancer du poumon déclenche de l'inflammation. Alors quelqu'un souffrant d'inflammation chronique pourrait avoir envie de fumer pour se sentir mieux. Et ce serait ce genre de confort qui lui apporterait une consolation pendant les 15 ans précédant le cancer. Lui enlever ses cigarettes serait alors comme priver un aveugle de sa canne blanche... Ce serait rendre quelqu'un un peu plus malheureux qu'il n'en a besoin...

   Fisher a été un grand statisticien, mais ses analyses dans le cancer du poumon et le tabac ont été imparfaites et entachées de réticences à examiner la totalité des données disponibles. Son "écran de fumée" a pu venir du fait qu'il était un consultant payé par l'industrie du tabac, mais aussi par le fait qu'il était lui-même fumeur. Une part de sa résistance à voir une association peut avoir pris racine dans son affectivité à fumer, ce qui me fait aussi poser les mêmes questions sur certains aliments vis-à-vis des chercheurs en nutrition...

  Un fameux papier du BMJ (British Medical Journal) a tourné cruellement en dérision cette obstination à ne vouloir considérer que comme unique preuve légitime l'essai randomisé contrôlé. Le titre du pamphlet :

  "Utilisation du parachute pour prévenir la mort et les traumatismes majeurs en cas de situation gravitationnelle: revue systématique des études randomisées contrôlées". On n'a trouvé aucune étude randomisée contrôlée ! Le parachute semble réduire le risque de blessures gravitationnelles. On peut bien observer que les gens qui tombent d'un aéronef sans parachute ont tendance à mourir un peu plus que ceux qui en ont un (du moment qu'il soit ouvert et fonctionnel), mais l'efficacité du parachute n'est prouvée par aucune étude randomisée contrôlée. Les tenants de la médecine basée sur les preuves critiquent les études évaluant uniquement des données observationnelles. Les auteurs du pamphlet pensent que chacun pourrait tirer avantage si les protagonistes les plus radicaux de la médecine basée sur les preuves organisaient et participaient à une étude de parachute en double aveugle, randomisée, contrôlée contre faux parachute. En d'autres termes, les individus qui imposent la main sur le front que toutes les interventions thérapeutiques doivent être validées par des études randomisées contrôlées, ont un besoin urgent de revenir sur Terre... avec une bosse.

  Une petite (en nombre de participants) étude de référence, qui a montré que l'évolution d'une maladie coronarienne tri-tronculaire même avancée (les 3 artères principales du cœur) pouvait être inversée par un régime végétal, a été critiquée du fait de son faible effectif ; mais la raison de faire des grandes études est qu'elles montrent justement de tels petits effets. Les fabricants de médicaments ont besoin d'étudier 7000 personnes pour montrer une baisse statistiquement significative d'évènements ischémiques d'à peine 15 % dans un sous-échantillon de malades ; alors que la "petite" étude de référence montre une chute de 100 % chez ceux qui sont restés fidèles au régime végétal. "Petite" étude de référence, d'autant plus irréfutable que les 18 participants avaient accumulé au total 49 accidents coronariens significatifs (comme des crises cardiaques) dans les 8 années avant d'adopter le régime végétal ! Et  le pire du pire, c'est que la plupart d'entre eux avaient déjà eu des interventions chirurgicales inefficaces. Lorsque les effets sont aussi spectaculaires, combien de patients sont alors nécessaires ?

  Avant 1885, la rage déclarée entraînait inéluctablement la mort ; jusqu'au 6 juillet, date à laquelle le petit joseph Meister a reçu le vaccin expérimental de Pasteur. Les résultats de ce cas - et d'un autre - ont été tellement spectaculaires, en comparaison des expériences antérieures, que ce nouveau traitement a été adopté sur la foi d'un échantillon de... 2 personnes. Résultats tellement formidables qu'on a pas eu besoin d'étude randomisée contrôlée. Voudriez vous - si vous étiez infecté par un chien enragé - participer à un essai randomisé contrôlé, en étant inclus dans le groupe témoin voué à une mort aussi terrible ? Malheureusement cette question n'est pas que rhétorique...

  Dans les années 70, un traitement révolutionnaire pour les enfants ayant des poumons immatures (oxygénation membranaire extracorporelle) a transformé le pronostic de ces petits malades en passant de 80 % de mortalité à 80 % de survie, presque instantanément. En dépit de ce succès spectaculaire, l'équipe soignante s'est sentie obligée de réaliser une étude randomisée contrôlée. En fait, ils étaient très réticents, car ils ne voulaient pas condamner des enfants à mort ! Ils se sont sentis obligés de faire une telle étude car elle apporterait un argument du poids à leur traitement, face à leurs collègues médicaux.

  Ainsi fut fait, et à l'hôpital de Harvard on a réparti au hasard 39 enfants (randomisation) pour recevoir le nouveau traitement ou une thérapeutique conventionnelle (contrôle). Ils ont envisagé de stopper l'essai après le quatrième décès pour ne pas tuer trop de bébés... et c'est ce qu'ils ont fait. L'étude a donc été stoppée après le quatrième mort par thérapeutique conventionnelle, alors que 9 enfants sur les 9 traités avec la nouvelle méthode avaient survécu. Imaginez être un parent d'un de ces 4 enfants. Exactement comme on peut imaginer être l'enfant d'un parent qui meurt d'un traitement conventionnel ou d'un chirurgie cardiaque.

  Les étudiants en médecine ont actuellement un enseignement en nutrition quasi inexistant. Encore pire, leur formation actuelle les contraint au parti pris contre les études qui montrent la puissance de l'approche nutritionnelle dans le traitement des maladies, en les encourageant à ignorer toute information qui ne vient pas d'une étude en double aveugle, randomisée et contrôlée. Ils disent que les gens ne peuvent pas être "aveugles" dans une intervention nutritionnelle. En conséquence, les médecins sont biaisés en faveur des traitements médicamenteux, et se dressent contre les nutrithérapies utilisées dans les maladies chroniques.

  Les preuves sont une bonne chose, spécialement en médecine. Cependant la profession médicale est bien trop focalisée sur une seule catégorie de preuves, à l'exclusion de toutes les autres. Malheureusement, cette approche peut facilement dégénérer en ignorance des plus importantes preuves de vérités en médecine.

  Ainsi, les maladies cardiovasculaires en sont l'exemple parfait. En se basant sur les régimes alimentaires salutaires axés sur les végétaux, la première cause de mortalité (cardiovasculaire) peut tout simplement cesser d'exister. L'étude Cornell-Oxford-China a montré (ainsi que d'autres du même genre) que même de petites quantités d'aliments carnés étaient associées à une petite mais mesurable augmentation du risque de certaines maladies chroniques. En d'autres termes, la relation de cause à effet entre modèles alimentaires et maladies coronariennes avait déjà été validée avant la parution de la "petite" étude de référence citée plus haut. La valeur de ces études n'était pas tant de prouver l'efficacité d'un changement alimentaire, mais de montrer que les médecins pouvaient persuader leur patients de réaliser un tel changement, et aussi de fournir des données concernant la rapidité et l'ampleur des améliorations consécutives au changement alimentaire dans l'évolution des lésions sévères athéroscléreuses. Ainsi, toute critique portant le faible effectif, ou le caractère non aveugle des telles études, est simplement dénuée de pertinence et hors de propos. Puisque le rôle de l'alimentation dans la genèse de l'athérosclérose est déjà amplement prouvé, assigner un patient à un groupe contrôle mangeant "western" peut être considéré comme une véritable violation de l'éthique en recherche médicale.

   Les preuves de la valeur des régimes centrés sur les végétaux dans le traitement des maladies chroniques sont disponibles dans la littérature médicale et scientifique depuis des décennies. On a été prévenu largement que l'alimentation occidentale standard entraînait la mort et l"invalidité dans les pays occidentalisés. Mais actuellement, les médecins sont très occupés dans les ambulances au pied de la falaise, au lieu de construire une rambarde au sommet de celle-ci !