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Les discordances alimentaires 

Ce sujet fait l'objet d'une conférence spécifique détaillée


   Le développement des maladies chroniques liées à l'alimentation atteint un niveau tellement préoccupant que c'est devenu une évidence : diabètes, cancer, obésité, maladies cardiovasculaires, maladies auto-immunes, allergies, pour ne citer que les plus en vue.

   Mais l'état se soucie de notre santé. Mais si mais si. A intervalles réguliers, l'état nous gratifie d'un programme au joli nom de plan national nutrition santé, le PNNS. Il vise à améliorer l'état de santé de la population en jouant sur l'alimentation. La quatrième mouture est prévue fin 2017. Actuellement, le PNNS 3, c'est assez désolant, mais face au commerce qui a remplacé dieu, il fait ce qu'il peut !

Petit déjeuner

   Ah ! Le petit déjeuner ! Ce moment incontournable pour bien commencer la journée (pour bien consommer dans la journée plutôt), avec sa ration de sucres simples (part belle au fructose) qui dépasse déjà la quantité maximale requise en sucres pour 24 heures. Déjeuner, c'est vital, eh, pardi, puisqu'on a jeûné toute la nuit (même si la nuit est courte) ! Sauf que la nuit, bizarrement, on ne fait rien, on ne dépense rien, on dort. Nul besoin de se recharger en énergie qu'on n'a pas dépensé ! D'autant que la veille au soir, on a "bien" mangé devant la télé. L'idée qu'il ne faut pas sauter le petit déjeuner repose sur des études biaisées ou financées par l'agrobusiness. Et sauter le petit déjeuner ne fait nullement grossir. Le PNNS 4 propose étonnamment de baisser la consommation de céréales (trop de sucres et quasiment rien que des sucres, fructose notamment). Gonflé, le plan !

5 repas par jour

   Faire 3 repas par jour et prendre une collation le matin, l'après midi ou en soirée (sic, regardez le site officiel PNNS) : c'est évidemment manger 5 fois par jour, mais on luttera contre le grignotage, bien entendu ! Manger 5 fois par jour, c'est n'est même plus attendre d'avoir un peu faim et de se réjouir du repas qu'on prendra (préparera ?) après ; cette sensation physiologique devrait donc disparaître, ça doit être quand même dangereux, non ? Le PNNS nouveau n'en parle pas. Pourtant, jamais le monde n'a été aussi gros avec sa publicité forcenée de gavage.

   Mais maintenant il faut boire sans attendre d'avoir soif ! Mais à quoi donc sert le signal physiologique de soif ? Dans le même ordre d'idée, je vous propose d'aller aux toilettes avant d'en avoir besoin (pourquoi pas 3 fois par jour aussi) : vous en apprendrez beaucoup sur la confection des toiles d'araignées et la capture éventuelle de mouches (vertes ou bleues selon l'endroit).

Produits laitiers

   3 ou 4 produits laitiers par jour : à quand 5 ou 6 ? A chaque nouveau plan, leur nombre a augmenté. Aucune étude internationale n'apporte cependant un quelconque argument supplémentaire à la consommation de tant de produits laitiers. Par contre il est bien connu des scientifiques du monde entier que les produits laitiers favorisent beaucoup le diabète chez l'enfant, par exemple. Et un enfant qui vomit son biberon se voit prescrire une médication et des épaississants. Alors que le mouvement naturel du corps le rejette spontanément, tant pis, faut que ça rentre quand même ! De toutes les façons, bébé pleurera malgré tout, ah fichus mômes. La réalité, c'est que depuis 60 ans qu'on nous gave aux produits laitiers, l'ostéoporose continue à augmenter, les fractures ne diminuent pas, mais l'eczéma, l'asthme, la constipation et même le diabète augmentent. Toutes les études internationales montrent que l'arrêt des produits laitiers règle définitivement ces problèmes ou les atténue fortement dans le pire des cas. Silence radiotélévisé.

   Overdose publicitaire jusqu'à l’écœurement, psittacisme obligatoire journalistique, mais le problème du calcium demeure complètement éculé et obsolète. Reste le problème des carences en protéines, dit-on alors pour rattraper le lait aux branches : or il n'existe actuellement plus de problème de dénutrition en protéines : il y a surproduction et surconsommation.

   D'autre part on sait que les caséines sont nocives pour l'homme et l'enfant. Pourquoi a t'on mis sur pied une énorme étude multicentrique contrôlée, internationale, randomisée, d'une durée de 10 ans, visant à montrer que les caséines hyperhydrolysées (donc détruites) font chuter l'apparition du diabète de type 1 chez les enfants ? Résultats fin 2017, ça va faire très mal aux industriels laitiers ; attendons nous à une furieuse campagne publicitaire en fin d'année.

   Alors, que reste t'il de tout cela, sans même évoquer les facteurs de croissance, l'insuline bovine, les estrogènes bovins du lait (car les vaches gestantes sont toujours collées à la trayeuse) ? Plus rien en faveur des produits laitiers. Même si les éleveurs ne sont pas contents, ça ne change rien. Mais il semble que les choses bougent un peu, on a été trop loin : le PNNS 2017 propose d'abaisser la consommation de produits laitiers à 2 par jour, tiens tiens !

Protéines

   Les recommandations comme manger "viande poisson et œufs 1 à 2 fois par jour c'est essentiel" (sic toujours, voir le site PNNS) sont totalement invalidées à ce jour par les résultats convergents issus des recherches internationales. On en a suffisamment parlé ces temps-ci pour que je n'approfondisse pas, et vous avez pu voir que le comité interprofessionnel des viandes (CIV) s'est empressé de fourguer de nouvelles campagnes publicitaires valorisant la vache – le bœuf, pardon. Il est déclaré "viande poisson œuf et volaille 1 à 2 fois par jour, mais en quantité inférieure à l'accompagnement" : évidemment si vous mangez une demi carotte avec une feuille de salade et une tige de brocoli, comme on le voit souvent dans les restaurants, ça ne fait pas beaucoup de protéines animales en rapport. A moins que l'accompagnement consiste en frites ou chips à volonté comme on le voit régulièrement. Mais un petit peu de protéines animales à chacun des 2 repas principaux, chaque jour comme conseillé, si on ajoute le fameux en-cas – la progression des sandwiches est exponentielle en France - ça finit par faire beaucoup trop de protéines animales quand même. Un non sens complet.

   Mais là aussi, le nouveau PNNS proposerait de réduire la consommation de viande à 500 g par semaine, avec 2 fois du poisson dont un gras. De plus, les charcuteries représenteraient une catégorie à part, pas plus de 150 g par semaine toutes confondues. On y est vite. Hélas sans surprise, il faut réduire considérablement la charcuterie, et diminuer la quantité de viandes, car il s'agit de cancérogènes plus que probables, bref des horreurs alimentaires. Et le premier gramme nous mettrait sur la pente glissante du cancer !

   Tout cela n'est encore qu'un florilège de vœux pieux, qui ne prend jamais à bras le corps le problème. On met sur le même plan la charcuterie d'un petit artisan et celle bourrée de sucre, de colorants, de conservateurs, de saumure protégée par le secret industriel, d'arômes, de sucres et de sel qui est maintenant vendue sous plastique en grande distribution, avec la simple mention : race laitière, race bovine. Vérifiez par vous-même. Il devient progressivement de plus en plus difficile de rechercher un morceau particulier.

   Les légumineuses représenteraient aussi une nouvelle catégorie à part, en tant que source de protéines (seulement, on oublie les fibres). Allez, courage, on va y arriver !

Gluten

   J'ai déjà suffisamment parlé des produits à gluten moderne et des problèmes énormes qu'il crée partout dans le monde, je n'y reviens pas. Mes cours et conférences en donnent en détail la réalité biologique et scientifique. Le pain n'est d'ailleurs pas spécialement préconisé dans le PNNS 3, idem dans le numéro 4. Tiens tiens, pédale douce sur le gluten moderne, croulant sous l'accumulation des faits scientifiques ?

Fruits et légumes

    Vers 2001-2002, on avait eu droit au slogan mangez-bougez. Message que tout le monde a vu et entendu, tellement diffusé à coups de spots publicitaires. Puis est arrivé le slogan des 10 fruits et légumes par jour : flop retentissant ; c'était bien trop cruel pour le citoyen. On s'est rabattu alors, tout penaud mais principe de réalité oblige, sur 5 fruits et légumes par jour ; une misère, car la densité nutritionnelle des fruits et légumes a dramatiquement chuté en 60 ans, et 5 portions par jour ne suffisent plus du tout à satisfaire les besoins biologiques. Il serait pourtant simple et profitable de le dire clairement, car ça tout le monde le comprendrait en un clin d’œil, et on aurait là un bon moyen de promotion vers une transition agroalimentaire qualitative où tout le monde y trouverait son compte. Mais pour l'instant, on n'envisage que la quantité de production ; même l'INRA le déclare ouvertement : regardez les documentaires, qui passent à 2 heures du matin bien sûr.

   Bien sympathique tout ça, mais bien peu d'effet dans le changement de nos habitudes. Même l'animateur d'une radio populaire - voire populiste pour le coup - déclare avec son ton habituel de casseur de baraque (on va voir ce qu'on va voir), qu'il n'y arrive décidément pas. Trop frustrant. Le pauvre consommateur n'en peut plus, il est maltraité, toujours l'angoisse de la faim et de l'énergie, ah l'énergie, ce truc magique ! Car, dixit, les carottes Vichy, la salade, le brocoli, le chou ou la courgette, ce ne sont pas des aliments ! Même si le ton est délibérément provocateur - toujours faire réagir et twitter sans réfléchir ! - il faut bien reconnaître que les végétaux proposés sur le marché n'ont plus aucun goût : pas étonnant que les enfants comme les adultes les dédaignent, en plus de leur densité nutritionnelle très abaissée, ce qui d'ailleurs va de pair. Et puis les fruits et légumes, si c'est à chaque repas, on préconise d'en ajouter aussi "en cas de petits creux" ? C'est pas idiot. Mais 3 repas corrects et on aurait encore un petit creux ? Ah bon, alors on n'y comprend plus rien. Donne moi ta montre, et je te donnerai l'heure…

Les faits

   Le CREDOC (centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie) vient tout juste de publier le 10 juillet dernier que moins de 25 % de la population consomme 5 fruits et légumes par jour (moins de 6 % chez les ados). Le même Credoc relève que l'on passe trop de temps devant les écrans où la publicité martèle à tout va les produits tous prêts : sandwiches, pizzas, kébabs, glaces, biscuits, barres chocolatées, sodas, pâtes à tartiner, etc. Soit ni plus ni moins que la malbouffe industrielle. Et d'incriminer aussi la compression du temps de repas à cause des horaires de travail et des déplacements. Il serait plus utile au pays de reconsidérer l'organisation du travail, dans une vision à long terme : il est contre-productif de proposer un schéma à 3 repas (voire 5 !) à une population qui le souhaiterait mais ne peut le mettre en œuvre.

   Curieusement, on s'attaque très peu aux sucres, qui sont pourtant le fléau absolu des sociétés occidentales, mais on n'ose pas nommer le mal ! Alors on a promu le fructose à tout va, avec pour conséquence l'apparition des produits allégés en sucres, mais aussi l'apparition épidémique des hépatites au fructose, qu'on appelle NASH, et dont l'incidence explose. Pain de mie, sodas, ketchups, sauces aliens, il ne faudrait surtout pas se fâcher avec coca-cola ou mac donald's, kfc, et les traités commerciaux tellement opaques (CETA, ex-TAFTA, etc.) alors qu'ils nous concernent tous au premier rang.

   La plupart des études montrent que l'apport de la complémentation en micronutriments et en antioxydants améliore la santé et diminue le risque de maladies comme le cancer, entre autres. En France, l'étude SU.VI.MAX coordonnée par le Pr. Serge Hercberg, connue dans le monde entier, montre indiscutablement que l'apport de minéraux et vitamines divise par 2 le risque de cancers chez l'homme (pas chez la femme). Pourquoi n'en fait t'on pas état ? Elle reste dans l'ombre. A quoi servent alors de telles études, ça serait juste comme ça, pour savoir ? Alors qu'elles servent en pratique à améliorer la santé de la population. Pourquoi pas s'en servir délibérément puisqu'en plus on l'a payée de nos deniers ? Au contraire, le message habituel c'est qu'il faut se méfier des supplémentations… On marche toujours sur la tête.

   Le même Serge Hercberg coordonne le PNNS. Lorsqu'il a proposé tout récemment l'information des consommateurs à l'aide des 5 pastilles de couleur, tous les industriels de l'agrobusiness lui sont tombés durement sur la figure… Et l'étiquetage devient facultatif ! Et le Nutri-Score ne prend pas en compte la présence d'additifs, d'antibiotiques ou d'OGM.  Théoriquement opérationnel depuis avril 2017, qui a vu apparaître les pastilles ? Moi, pas encore. Ben voilà, commerce chéri, le politique n'a rien dit, et Hercberg n'a rien pu faire.

   Puis on évite de dire clairement qu'une calorie ne vaut pas une autre calorie, que c'est l'alimentation transformée qui est néfaste, celle qu'on achète toute prête pour s'éviter la peine de cuisiner un plat de lentilles ou d'éplucher deux carottes.

   On oublie surtout de préciser que le matraquage publicitaire ne cesse de contredire les maigres recommandations. Il a fallu des années pour que, contre l'avis du gouvernement, l'assemblée vote en février dernier l'interdiction des publicités alimentaires injectées dans les émissions destinées aux enfants sur France télévision. Entendre sur des radios périphériques des médecins faire le palmarès nutritionnel des confiseries et promotionner un top 10 des meilleures confiseries nutritionnellement correctes est proprement renversant.

   Les messages contradictoires sont donc légion et noient le consommateur infantilisé : les minces bandes défilantes à toute vitesse en bas des téléviseurs et autres écrans mentionnent très rapidement qu'il ne faut pas manger trop sucré ni trop gras ni trop salé et bouger, bien sûr, toujours bouger. Bref, la main sur le cœur, mais le flou complet dans les restes de cerveaux des téléspectateurs, voyez donc, l'honneur est sauf, et peut-être bien même qu'on s'évitera des poursuites judiciaires puisqu'on se met en conformité avec les beaux messages de recommandation. Quand on fait 2 heures de métro ou qu'on passe 2 heures dans les bouchons par jour, il est clair qu'on a encore le temps de "bouger" le matin ou le soir, si toutefois on aura pu se détacher d'un smartphone professionnel. "Bouger" est devenu une recommandation parce qu'on mange beaucoup trop et beaucoup trop mal, c'est tout simplement du bon sens, et ça ne coûte surtout rien à l'industriel. Mais "bouger" ne concerne pas les quelques 10 millions de travailleurs pauvres ou en voie de paupérisation dans notre pays.

   Force est de constater que bien entendu la publicité n'est pas faite pour promouvoir le velouté de lentilles bio maison parfumé au chèvre cru ; consommer c'est bon pour les entreprises, puisqu'elles veulent toujours plus produire pour que l'on consomme encore davantage. La médecine ne dit pas grand-chose là dessus, elle joue le rôle de voiture balai, et tout le monde paie la sécu qui est forcément toujours déficitaire.

   Le PNNS nouveau semble donc apporter un peu d'air frais cette année. Mais rien n'est encore arrêté, et les lobbies sont déjà passés à la contre-attaque. Et ce n'est évidemment pas le nouveau président qui les arrêtera : monsieur "tout en même temps" n'assiste même pas aux états généraux de l'alimentation, priorité à rattraper son gros désordre narcissique dans l'armée. Et à partir du moment où un certain nombre de parents, confortés par les pseudonutritionnistes télévisuels, estiment qu'il est impossible de priver leurs enfants de coca-cola au motif qu'on risquerait de les désocialiser, le combat s'annonce quand même très, très, très long.