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Ça remue dans le diabète

 

   Devant les ravages et malgré les thérapeutiques, enfin des vœux pieux à l'aube (prometteuse ?) d'un repensé holistique de la situation ? Par nécessité !

    Ou bien finalement, auto-congratulation cher collègue...?


État des lieux


La grosse épidémie du siècle (c'est pas le H1N1 mé nan tarincompry)

 

   Eh oui, gémissons 3 fois mais espérons, on sait que seulement la moitié des diabètes est diagnostiquée. De nombreux diabètes sont mal contrôlés, les complications arrivent tôt ou tard. Il est bien clair que la prise en charge doit être améliorée et adaptée : revenir à la physiologie, à la biologie. Entrer dans le système pour le travailler de l'intérieur dans le sens du poil plutôt que de lui rentrer dedans à coups de médicaments "anti", qui ont malgré tout leur place, même si elle est relativement faible.


   Enfin ! Des paroles de bon sens, et j'ai été, parmi d'autres, un des rares à y travailler pendant 20 ans, même si l'on m'a souvent accusé d'avoir guéri des gens sans médicaments  (vous avez bien lu) car mes traitements nutritionnels étaient "non conformes aux données actuelles de la science". Dixit, mais en réalité, "conforme aux données mais pas aux ordres hospitalo-pharmaco-universitaires". Amusant, un de mes copains d'études en maîtrise, devenu PU-PH chef de service au CHU entre temps, saluait à titre confidentiel - mais devant le malade - que j'avais parfaitement vu juste pour lui et que mon traitement était correct, sauf qu'il ne pouvait pas l'écrire dans son rapport, sous peine d'être blâmé par le chef... il y a des guérisons interdites, bon, c'est comme ça, c'est l'homme dans sa petite splendeur.


   On reprend !


   Les experts de l'ADA (american diabetes association) et de l'EASD (european association for the study of diabetes) proposent donc de nouvelles recommandations de traitement (1). Il faut dire qu'on a examiné au cours d'une méta-analyse, 140 essais cliniques et 26 études d'observation. Il en ressort que l'état du patient doit être reconsidéré avec une approche holistique.

 

On ne peut qu'applaudir.

   Malgré tout, l'objectif prioritaire reste de contrôler l'hémoglobine glyquée HbA1c que tous les diabétiques connaissent bien (le taux de sucre collé sur l'hémoglobine dans le sang). Pour ma part je trouve cela bien court… puisque dans cette optique on continue à soigner… une prise de sang.  Certes contrôler ce paramètre est nécessaire, mais pas suffisant. On se s'occupe pas beaucoup des mécanismes sous jacents : la preuve, c'est que la stratégie de l'hémoglobine glyquée est prise en défaut. On ne s'adresse qu'à la partie émergée de l'iceberg. A vrai dire, on le sait bien, le premier traitement doit être alimentaire.


   Deux remarques là dessus.

   La première, c'est que les recommandations nutritionnelles ne sont pas adéquates.

    Exemple.

   Lorsque l'on connaît les ennuis causés dans l'intestin par le gluten, lorsque l'on sait que l'intolérance au gluten est 20 fois plus répandue chez les diabétiques que dans la population générale, lorsque l'on sait combien les peptides du gluten perturbent le trafic cellulaire, lorsque l'on sait que l'hyperperméabilité intestinale due au gluten déclenche une inflammation métabolique via l'interleukine 15 - et ce n'est pas négociable - , lorsque l'on sait que le gluten déclenche de l'inflammation chez 100 % des individus, et qu'il génère presque en ligne directe la résistance à l'insuline, et j'en passe, comment peut-on encore éthiquement laisser au diabétique la consommation de gluten ?

   Du pain, pourquoi pas (pour le diabétique, il contient au passage environ 17 grammes de sel au kilo – bonjour l'hypertension artérielle… pour un malade sujet aux pathologies cardio-vasculaires) mais alors, faire son pain soi même sans gluten, c'est si simple ! Passons sur les pauvres qualités nutritionnelles des pains industriels : on n'y trouve que de l'amidon à cause des blutages. Sucre lent dit-on : oui mais le problème du diabétique c'est qu'il n'arrive pas à gérer son sucre, même "lent".

   Pas la peine d'acheter du pain sans gluten : ça coûte 30 % plus cher. Vous finirez par comprendre que les aliments sans gluten sont un marché juteux en pleine expansion, mais nutritionnellement inadéquat (trop de sucres - eh oui - et trop de graisses au détriment d'autres ingrédients)

   On nous ballade gentiment, l'index glycémique est une notion dépassée, tout comme le comptage des calories ; la charge glycémique (la valeur insulino-sécrétrice d'un repas entier), c'est déjà mieux mais on n'en tient pas assez compte : ce n'est en effet pas simple à établir. Le vrai dans cette affaire, c'est d'arrêter d'apporter ces sucres là (les féculents amidonnés !). Les légumineuses feront avantageusement l'affaire par exemple, mais il n'existe de valable dans ce domaine qu'une personnalisation du traitement nutritionnel. on vous dit aussi de consommer du fructose à la place du glucose ! Quelle ineptie biologique... le fructose est lipidogène dans le foie... On le sait, on ne dit pourtant pas grand chose là dessus non plus...

   Donc pour bien faire, le diabétique ne devrait plus entrer dans une boulangerie-pâtisserie. On y trouve du gluten, du sucre et des graisses cuites. (et pas d'oméga 3). Carrément affreux pour lui ! Bref, il faut assainir tout ça. Pas moyen de faire autrement, puisque les stratégies actuelles ne marchent pas ! Ajoutons les produits de grande surface : pizzas, snacks, desserts en tous genre, tartes, quiches, biscuits, gâteaux secs ou non, fourrés ou pas, confiseries…

   Le problème c'est qu'il y a toujours des ingrédients incompatibles physiologiquement avec le diabète. Sans parler du gluten qu'on retrouve dans les charcuteries, les pâtés, etc. On trouve même depuis quelque temps des tranches de jambon sous plastique estampillées "sans gluten" vous l'avez sûrement remarqué. Trop d'acides gras oméga 6 et saturés, trop d'acides gras trans, pas assez de végétaux… Et je ne parle pas des boissons comme les sodas, les jus de fruits, tellement consommés !

   A ne pas vouloir prendre carrément les bonnes mesures, le problème traîne en longueur, en chronicité. Ce qui fait l'affaire des pharmaciens, qui se battent pour conquérir les prescriptions émanant d'une maison de retraite… Je l'ai vu, j'y étais, j'ai assisté à des querelles minables d'un autre âge. Chacun tire son épingle du jeu, sauf le diabétique en somme, puisque les résultats sont là et sont catastrophiques. Juste regarder les choses en face.

   On en vient donc à la 2éme remarque.

    Ah mais alors s'il faut se priver de tout, entend-on ! Le français préfère de loin prendre une pilule plutôt que de faire un effort, et se montre fort réticent à toute éventuelle correction alimentaire. Le fait est vécu comme une privation et une frustration, voire une indignation (!) au lieu d'être envisagé comme un puissant gain pour soi tout entier, avec cette satisfaction bien légitime et méritée de se sentir fier de réussir personnellement un challenge et de reprendre sa vie en mains. L'apathie, la résistance, l'acceptation ou la résignation… assez peu de gens sont vraiment partie prenante dans leur maladie, et font réellement équipe avec leurs soignants. Alors pas étonnant que chacun fait ce qu'il peut avec les résultats inquiétants que l'on sait. Je ne le redirai jamais assez : le premier responsable de la maladie, le premier qui devrait être concerné, c'est le malade ! On est assez loin du compte.

   Ayant par ailleurs travaillé en pharmacie d'officine, j'ai pu constater sur le terrain combien les gens disposent de leurs ordonnances à leur guise… ça je prends, ça non, ça j'ai arrêté depuis 3 mois mais je ne l'ai pas dit au docteur… ah c'est plus remboursé ? bon alors j'en prend plus… ce médicament là je ne l'ai jamais pris, par contre les produits homéopathiques, les autres thérapeutiques naturelles sont assez couramment utilisées par les patients mais les médecins ne le savent pas en général, puisqu'ils sont réticents par formation à toute thérapeutique étrangère au médicament… Dialogue de sourds, incompréhensions, mensonges par omission ! Bonjour la confiance…

   De plus, je ne ferai que mentionner les polémiques musclées des médecins sur l'utilisation des médicaments anti-diabétiques appelés sulfonylurées (très suspects de provoquer une surmortalité de 58 %). Affaire d'experts, me direz vous, mais certains disent que malgré tout cela, ça vaut le coup d'utiliser un médicament aussi peu cher ! Vous avez bien lu !

  Bref, c'est un gros problème que le diabète sans jeu de mots. Alors que le diabète est une maladie très essentiellement de la nutrition, c'est par là qu'on doit commencer.  Il est curieux de constater que sur un suivi sur 10 ans de personnes diabétiques, la mortalité d'origine cardio-vasculaire n'est pas modifiée par une quelconque intervention, ou physique ou diététique.


Aïe, là ça coince très fort.

 

   Certes l'intervention physique peut être quand même assez bien évaluée. Le point faible, c'est l'alimentation. Très difficile à cerner. Et en tous cas, c'est le point très faible de la chose : on ne peut qu'en déduire qu'elle est inadéquate, soit en qualité, soit lors de sa mise en application, soit les 2. Curieusement, les bienfaits en termes de glycémie, de perte de poids et de qualité de vie sont maintenus. C'est toujours ça de pris. Mais pourtant la FID (2) vient nous dire le contraire (voir plus bas) ! Pourquoi tant d'illogismes, d'antagonismes ?

   L'idéal, c'est maintenant de mettre en application ce que l'on sait déjà et qui fonctionne très bien. Prise d'oméga 3, prébiotiques, probiotiques, anti-oxydants, moduler les aliments toxiques car en trop grande quantité (tels les produits laitiers) doivent faire partie d'un traitement nutritionnel à l'heure actuelle chez le diabétique. Le corps soignant devrait s'occuper d'arrache pied à "travailler" la personne diabétique pour lui faire adopter une alimentation saine. L'accent doit être mis sur un accroissement de l'efficience du système;  le rapport de l'IGAS (3) pointe que beaucoup reste à faire.

   C'est vrai que pendant longtemps, le diabète reste silencieux. Le malade ne sent rien. Alors, pourquoi changer se dit-il ? ça peut se comprendre : la paresse ! Selon la FID, on évalue mal les effets collatéraux surajoutés : l'anxiété, la douleur qui arrivera, la discrimination face aux assurances, aux crédits, à l'emploi ou à l'investissement, la qualité de vie qui se réduit progressivement y compris dans la famille, l'absentéisme, les incapacités de travail…

   Pourtant ces effets ont un coût bien réel en dehors de la personne atteinte : selon le rapport de la CNAMTS en 2012, plus de 6,2 millions de Français sont diabétiques, traités ou non. Les dépenses de santé engagées pour s'occuper du diabète sont estimées à 345 milliards de dollars US pour les pays de l'OCDE pour la seule année 2010.  En France, pas loin de 15 milliards d'euros par an… Dans un pays où chacun s'occupe de ses fesses sans se soucier de la collectivité (devenue incontrôlable par ailleurs) ces chiffres tombent à plat, mais sont retirés de notre porte monnaie tous les jours.

   Je préfère aller voir un bon film en 3D plutôt que de me priver d'une tartine.

   Le diabète de type 2 (le gras) concerne 92 % des cas; c'est dire que la prévention et la nutrition repensée correctement peut littéralement faire des miracles, en termes de santé mais aussi en termes de coûts ! Le facteur de risque le plus puissant reste la prise de poids. Chers lecteurs, je vous invite à monter sur votre balance, et à regarder dans le bus, dans le métro, sur le trottoir, et dans les grandes surfaces.

    Nos pauvres jeunes sont la cible privilégiée des assassinats alimentaires. Ça commence dès le matin avec leurs céréales extrudées. Horribilus alimentaris ! Encore une fois, il n'y a pas de prévention, pas de discernement, et les jeunes n'en font qu'à leur tête. La bataille est déjà perdue. Il faudra quelque chose d'effroyable, comme l'apparition un sida alimentaire, pour qu'ils bougent peut-être enfin. Malheureusement, combien de scolaires et d'étudiants épuisés, insomniaques,  hyper excités, dépressifs, à cause d'une alimentation extrêmement monotone, et bien trop pauvre nutritionnellement : kébab frites soda alcool sandwiches hamburger nouilles au ketchup, pains, barres de céréales, confiseries et biscuits !

   Et à qui l'on prescrit des tranquillisants, des antidépresseurs, des somnifères et des médications calmantes comme la ritaline ! C'est à coup sûr une honte, une faillite médicale. On rejoint les problèmes causés par les additifs alimentaires (les études d'intervention américaines sont formelles sur ce point). Qui fait quoi pour les secouer et leur faire comprendre, et voir clair ? Qui prendra le problème à bras le corps ? Quel est donc ce pays qui ne protège plus ses citoyens, et qui envoie la police sur ses sans abri ? Ce n'est plus un pays, c'est un marché financier ! Il n'y a là comme ailleurs aucune politique réelle de prévention, l'argent de la maladie est bien trop précieux à ceux qui en vivent. Ce n'est pas nouveau.

   Du dépistage, c'est sûr ! Mais cela ne suffit pas. Chacun doit garder le bon sens, s'occuper réellement de lui, et ne pas succomber à la publicité. La maladie, c'est comme le bulletin de vote. Ne le confiez pas à un politique, qui le met dans sa poche, et s'occupe en premier lieu de ses petites - ou grandes - affaires !

   Vous êtes le maître de votre vie, si vous le voulez, naturellement ! Toute une histoire !




(1)
Diabetes Care, 2012 ; 35 : 1364-79

(2) FID : fédération internationale du diabète. Source de 2012.

(3) IGAS : inspection générale des affaires sociales. Rapport de l'IGAS sur le diabète 2012. http://www.igas.gouv.fr/spip.php?article260