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L'obésité est-elle infectieuse ?


    Il est bien établi maintenant que les fortes augmentations de la disponibilité en malbouffe (les boutiques à sandwich, les fast-food de toutes sortes) ainsi que la diminution de l'activité physique ont créé un environnement propice à l'obésité ; mais pourtant, plusieurs autres facteurs peuvent contribuer au développement de celle-ci. Nous savons, par exemple, que l'utilisation d'antibiotiques, notamment dans l'enfance, est clairement reliée à l'obésité de l'adolescence et de l'adulte. Donc, notre flore intestinale peut jouer un rôle, c'est évident. 

   Récemment, des espèces bactériennes spécifiques ont été identifiées. On dénombre 8 espèces de bactéries à ce jour qui semblent protéger de la prise de poids, et elles sont toutes productrices d'un acide gras à chaîne courte, appelé butyrate (ou acide butyrique).

   Jusqu'ici, on pensait seulement qu'il pouvait exister quelques bactéries intestinales capables d'extraire des calories supplémentaires à partir des aliments que nous avions mangé. Mais les relations entre notre microbiote intestinal et l'obésité se sont rapidement complexifiées, vu l'intensité actuelle des recherches sur le sujet. Notre microbiote peut affecter la façon dont nous métabolisons les graisses, par exemple, via la production de FIAF (Fasting-Induced-Adipose-Factor) - facteur adipeux induit par le jeûne.

   Lorsque nous sommes à jeun, notre corps cesse de stocker les graisses, et commence à les brûler. Le FIAF est l'un de signaux qui disent à notre corps de faire cela, ce qui pourrait être bien utile pour quelqu'un qui est gros ; et c'est un des moyens utilisés par le microbiote pour gérer notre poids. Nos bactéries de fermentation, quand on les nourrit avec des fibres, sécrètent des acides gras à chaîne courte, comme le butyrate, et sont capables de réguler positivement le FIAF dans toutes lignées cellulaires humaines jusqu'ici testées. Mais certaines bactéries, à l'inverse, répriment cette molécule FIAF, augmentant ainsi le stockage des graisses.

   Actuellement, lorsqu'une personne ne parvient pas à perdre du poids, la seule autre option est la chirurgie. Mais les mécanismes par lesquels le microbiote intestinal régule le poids sont de mieux en mieux élucidés. Et on peut envisager de transplanter le microbiote intestinal d'un sujet mince chez un individu gros pour tenter de déclencher un amaigrissement chez le receveur. De telles transplantations fécales peuvent évidemment souffrir d'une certaine répulsion, disons d'ordre esthétique, mais il s'avère qu'il peut y avoir d'autres moyens plus faciles ou plus agréables de partager son microbiote. 

   Car nous savons que les individus vivant ensemble partagent une plus grande similitude en bactéries intestinales que ceux qui vivent à part. Cela pourrait être simplement dû au fait que la communauté échange des bactéries par inadvertance, par simple aller-retour en quelque sorte. Ou, peut-être, c'est parce les personnes mangent un régime similaire ; vivant sous le même toit, on mange globalement au même pot, n'est-ce pas ! Mais le fait demeure que nous ne savions pas réellement ce qui se passait.

   Jusqu'à présent. Car non seulement les membres cohabitant au sein d'une famille ou d'une communauté partagent des bactéries les uns avec les autres, ils partagent également leur microbiote avec leurs animaux de compagnie, qui eux ont… probablement un régime alimentaire différent. Et comme vous le savez, nous avons quelques millions d'amis…

   En réalité, les habitats peuvent abriter une empreinte microbienne distincte, qui peut même être prédite par leurs occupants. Juste en essuyant les poignées de porte, vous pouvez dire quelle famille vit dans quelle maison. Et quand une famille s'installe dans une nouvelle maison, la communauté microbienne de la nouvelle maison se déplace rapidement vers celle de la vieille maison, suggérant une colonisation rapide par les bactéries de la famille. Des preuves expérimentales suggèrent que les individus élevés dans un ménage de personnes maigres peuvent être protégés contre l'obésité. Aucune transplantation fécale n'est alors nécessaire. Les gens peuvent même partager les bactéries intestinales retrouvées sur les tabourets de la cuisine. Pas besoin de selles !

   Les gens vivant ensemble partagent plus de bactéries que ceux qui vivent à part ; nous le savions déjà. Mais, ajouter un chien au mélange, et les bactéries des gens se rapprochent encore plus. Les chiens peuvent servir de navette aller-retour pour refiler les bactéries entre les gens. Curieusement, posséder des chats domestiques ne semble pas avoir le même effet. Peut-être parce qu'ils ne boivent pas autant l'eau de la cuvette des toilettes ? Vérifiez…

   L'exposition aux bactéries des animaux de compagnie peut en fait être bénéfique. Il est de prime abord assez intrigant de considérer que les personnes avec lesquelles nous cohabitons, y compris les animaux de compagnie, peuvent altérer notre physiologie en influençant les bactéries que nous abritons dans nos différents habitats corporels. Cela expliquerait peut-être pourquoi l'exposition précoce des enfants aux animaux de compagnie diminue la prévalence des allergies, des affections respiratoires et d'autres troubles immunitaires, à mesure que les enfants vieillissent. Il existe des études où l'on met en évidence que l'exposition au chien tôt dans la vie diminue les infections respiratoires, en particulier les infections de l'oreille. Les enfants en contact avec des chiens étaient significativement en meilleure santé, mais nous ne savions pas pourquoi.

   On n'en connaissait pas les mécanismes, jusqu'à la publication de la première étude montrant une association entre la protection contre les maladies respiratoires par exposition aux animaux, et des différences de microbiote intestinal. 

   Aucun des nourrissons étudiés dans les maisons hébergeant des animaux domestiques ne souffrait de bronchite allergique au cours des deux premières années de la vie, alors que 15 % des bébés privés d'animaux en avaient. Et en comparant les échantillons de selles, on a pu corréler avec les différences en bactéries intestinales, en fonction de la présence d'animaux de compagnie dans la maison.

   Il y avait déjà cette célèbre étude portant sur 12.000 personnes, qui avait constaté que les chances d'une personne de devenir obèse augmentaient de 57% si il ou elle avait un ami qui est devenu obèse, suggérant que les liens sociaux ont un effet important, à tout le moins.

   Étant donné le nombre de preuves impliquant le rôle du microbiote intestinal dans l'obésité, on évoque maintenant la possibilité que les fringales et l'obésité associée pourraient ne pas être simplement socialement contagieuses – puisque vous mangez tous ensemble la même nourriture d'engraissage (!) - mais plutôt vraiment uniquement contagieuse, comme le fait d'attraper un rhume…


Bon alors, les maigres, on adopte un gros pour 2017 ?


Références :

 

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