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Réduire la production d'acides biliaires secondaires


  Le risque de cancer du colon dans les populations occidentalisées peut être réduit en diminuant l'ingestion de produits animaux, en mettant à l'index les graisses et les protéines animales. Nous avons déjà vu comment les protéines putréfient et produisent du sulfite d'hydrogène pouvant être toxique pour l'ADN, mais qu'en est-il des graisses ? Elles stimulent la synthèse et la sécrétion des acides biliaires dans l'intestin.



ACIDES BILIAIRES




acides biliaires primaires (sortant du foie dans la bile) :

  • CHOLATE
  • CHENODESOXYCHOLATE

  Ils sont fabriqués à partir du cholestérol. Ils sont sécrétés dans la bile sous forme conjuguée (les rendant hydrosolubles) avec la taurine et la glycine. Dans l'iléon les bactéries déconjuguent les acides biliaires (qui peuvent alors être réabsorbés), et produisent les acides biliaires secondaires.

acides biliaires secondaires

  • LITHOCHOLATE (peu réabsorbé donc éliminé dans les selles)
  • DESOXYCHOLATE

  Les acides biliaires déversés dans l'intestin sont réabsorbés dans le tiers distal de l'iléon et se redirigent vers le foie, etc., de 6 à 9 fois par jour.


 

  Les acides biliaires aident à la digestion des lipides. Ainsi, plus de lipides dans l'intestin signifie davantage de bile intestinale, ce qui ne serait pas un problème sauf que les acides biliaires sont depuis longtemps suspectés d'être carcinogènes, spécialement les acides biliaires secondaires. Les acides biliaires stimulent les croissances bactériennes, lesquelles alors convertissent les acides biliaires primaires en secondaires, et ceux-ci peuvent être une cause de cancérisation.

  Ce qui évidemment explique pourquoi un régime alimentaire riche en lipides est corrélé au risque de cancer.  Une ingestion forte d'acides gras saturés est associée à des taux élevés de bile, ce que l'on remarque chez les individus porteurs de cancer du colon ; et ainsi les 2 sont considérés comme des producteurs de facteurs tumorigènes dans le cancer du colon, et peut-être dans le cancer du sein, puisque les acides biliaires secondaires peuvent être absorbés dans le sang et circuler dans le corps (cycles entérohépatiques des acides biliaires).

  Ce qui pourrait expliquer les ratios extrêmement bas de cancer du colon dans l'Afrique subsaharienne, les Africains natifs n'exhibant seulement qu'une fraction des acides biliaires secondaires fabriqués chez des Africains vivant hors d'Afrique, dans les pays occidentalisés. Maintenant, si un régime alimentaire riche en graisses animales stimule la surproduction de ces acides biliaires secondaires toxiques et carcinogènes, qu'en est-il des populations qui ne mangent pas de graisses animales ?

  Nous savons depuis plus de 40 ans que ceux qui mangent essentiellement des végétaux ont moins de bile dans leurs selles et une capacité réduite à créer un cancer du colon. Les végétariens produisent une petite fraction seulement des acides biliaires secondaires, environ 70 % en moins. En soumettant les individus à un régime basé sur les plantes, juste pendant une semaine, l'activité enzymatique bactérienne produisant les acides biliaires secondaires chute de moitié. Idem au bout d'un mois : l'effet perdure.

  Un des plus importants effets toxiques de ces acides biliaires est l'accroissement de la production de radicaux libres. C'est un moyen d'endommager l'ADN et qui sape nos capacités de réparer les dégâts.

  Par rapport à une alimentation de type western, si l'on passe à une alimentation végétarienne pendant 12 jours, on obtient en moyenne 13 fois moins de radicaux libres de type °OH, le radical hydroxyle, le plus dangereux, qui accroît le risque de cancer du colon. Sa durée de vie est de quelques milliardièmes de seconde avant d'être détruit, mais pendant ce temps il peut convertir des substances intestinales inoffensives pour l'ADN, en substances mutagéniques, et les acides biliaires sont très suspectés de promouvoir ce processus.

  Ainsi, les radicaux libres fécaux peuvent activer les carcinogènes dans le colon. Dans un régime standard western, la quantité produite de radicaux libres dans les selles est tout à fait énorme, correspondante à celle qui serait produite par une irradiation létale de rayons gamma !

  Et si l'on se penche sur le cas des patients atteints de SIBO (hyperprolifération bactérienne du grêle), on est atterré par la production fantastique de tels composés, radicaux libres et des acides biliaires secondaires...

Alors que faire ? Qu'est-ce qui est possible en pratique pour faire chuter cette formation de radicaux libres dans l'intestin ? On pourrait juste avaler des carottes et du chou-fleur et toute cette sorte de choses ! Ou bien, on pourrait essayer de coloniser les colons avec des probiotiques producteurs d'antioxydants… ou bien encore se référer à l'efficacité du carré d'as, encore et toujours, on y revient !


SOURCES


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