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21/09/2017SPA et microbiote

SPA et microbiote
  Les travaux d’une équipe de recherche Inserm confirment l’existence d’un lien entre la composition du microbiote intestinal et la survenue de maladies articulaires inflammatoires, en particulier les spondylarthrites. L’équipe a constaté un déséquilibre de cette flore (dysbiose) chez les patients atteints, caractérisée par une présence importante de la bactérie Ruminococcus gnavus. Le gène HLA-B27 pourrait jouer un rôle dans l’apparition de cette dysbiose.

  Les spondarthropathies représentent un groupe de maladies articulaires inflammatoires chroniques, caractérisées par une inflammation essentiellement des articulations de la colonne vertébrale et du bassin (les sacro-iliaques). Si le rôle de certains facteurs génétiques, tel l’allèle HLA-B27, a été bien étudié dans le déclenchement de ces maladies (90 % des malades sont B 27 +), celui des facteurs environnementaux, et en particulier le rôle possible du microbiote intestinal, est moins bien connu. Un grand nombre de données anciennes suggèrent qu’il pourrait y avoir un lien entre l’intestin et ces maladies : il y a par exemple 20 fois plus de maladies inflammatoires de l’intestin (MICI) chez les patients atteints de SPA que dans la population générale. Ça fait réfléchir...

    L’équipe a débuté en 2009 une étude comparant plusieurs groupes de personnes : des patients atteints de SPA, des témoins familiaux sains, ainsi que des personnes atteintes de PR (polyarthrite rhumatoïde).

    Pour étudier leur microbiote intestinal, les chercheurs ont réalisé le séquençage de fragments ADN bactériens retrouvé dans des échantillons de selles. Ces ADN permettent d’identifier les espèces bactériennes présentes de façon relativement spécifique, indépendamment de leur mise en culture. Les chercheurs ont ainsi constaté un déséquilibre des populations bactériennes (dysbiose intestinale) chez les patients souffrant de SPA ou de PR, en comparaison des témoins sains. Comme très souvent dans les cas de maladies inflammatoires chroniques, de diabète, d'obésité, on retrouve ici une baisse de diversité bactérienne et un appauvrissement du nombre de bactéries. Il y a tout lieu de penser, à nouveau, que ce manque de diversité peut faire le lit de beaucoup de pathologies. 

   Une seconde observation a été réalisée grâce aux témoins familiaux (génétiquement proches des patients) : les différences de microbiotes étaient beaucoup plus faibles entre les patients et les témoins sains porteurs du gène HLA B27, qu’entre les patients et les témoins non HLA B27. Ce gène pourrait donc être en lui-même associé à une dysbiose intestinale.

   La bactérie Ruminococcus gnavus en cause?

  Le troisième constat de l’étude est la présence d’une forte proportion de bactéries Ruminococcus gnavus dans le microbiote intestinal des patients atteints de SPA, caractérisant la dysbiose associée à cette pathologie. L’activité de la SPA était corrélée avec la proportion de R. gnavus retrouvée dans les selles. L’hypothèse est donc qu’une dysbiose qui favoriserait la présence de cette bactérie pourrait engendrer des maladies inflammatoires articulaires.

  R. gnavus est une bactérie commensale habituelle de l’intestin. Cette bactérie clive et dégrade le mucus intestinal qui protège l’épithélium intestinal de l’action des bactéries. En cas de surabondance de cette bactérie, une dégradation trop importante du mucus pourrait engendrer une inflammation au niveau de l’épithélium intestinal.

   Quel lien alors avec les maladies articulaires telles les SPA ? Les chercheurs émettent deux hypothèses :

  •  une première possibilité serait que la production de médiateurs de l’inflammation au niveau de l’intestin agisse via la circulation sanguine sur la zone d’attache des ligaments à l’os (l’enthèse), touchée par l’inflammation dans les SPA. Des lymphocytes T spécifiques de l’enthèse pourraient réagir aux médiateurs et déclencher l’inflammation articulaire.
  • la seconde hypothèse est que l’inflammation intestinale pourrait engendrer une plus grande perméabilité intestinale, ce qui favoriserait le passage de débris microbiens ensuite véhiculés jusqu’aux articulations.

  Il aurait été important de contrôler les populations d'Akkermansia muciniphila, ces bactéries physiologiques vivant dans le mucus dense (firmy), favorisant la production de mucus et l'intégrité des jonctions serrées épithéliales (voir pour revue le tome 6 de la collection,  les flores du mal) . On peut s'attendre à une chute de ces populations.

   Mais reste toujours la même question : qui fait l’œuf et qui fait la poule ? Ruminoccoccus gnavus est-elle une conséquence du terrain de la maladie, ou bien une véritable cause de déclenchement initial ?

 

 


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