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04/01/2016Le paradoxe français

Le paradoxe français
  •   Le "french paradox" a vécu !

 

  Le terme "french paradox" ou "paradoxe français" a été inventé en 1981 par 3 chercheurs français (Ducimetière, Cambien et Richard), après avoir comparé les taux de mortalité cardiovasculaire en relation avec la consommation de graisses (étude de l'OCDE).

 

  Si l'on trace une ligne de corrélation reliant la mortalité coronarienne à la quantité consommée de cholestérol et d'acides gras saturés dans les pays consommateurs, il est bien clair que cette ligne de corrélation est une droite. Donc, plus on consomme de produits animaux, plus la mortalité cardiovasculaire s'accroît. A l'inverse, si l'on consomme peu d'œufs, de viande et de produits laitiers, on obtient une mortalité par maladie coronarienne quasiment nulle.

 

  Pourtant, 2 pays s'écartent de cette ligne droite : la Finlande, qui montre davantage de mortalité cardiovasculaire pour une consommation de graisses animales similaire à celle des autres pays inclus dans l'étude, et la France, qui elle, montre comparativement aux autres pays moins de mortalité que celle attendue.

 

  D'où le paradoxe. Pourquoi la France, qui montre des taux de consommation de graisses saturées et de cholestérol similaires à ceux de la Finlande, a t'elle une mortalité cardiovasculaire 5 fois moindre que celle observée en Finlande ?

 

  Chacun y a été de sa petite théorie. Oui, les produits animaux sont linéairement associés à la mortalité coronarienne, mais les produits végétaux et les plantes alimentaires sont protecteurs. Ainsi les français, 4 fois plus mangeurs de plantes et de végétaux que les finlandais, auraient de ce fait un taux abaissé de mortalité coronarienne. Mais il semble quand même qu'il n'y ait pas de paradoxe du tout. En 1992, le Lancet publiait que le "french paradox" (forte consommation animale mais faible mortalité cardiovasculaire reprise par S. Renaud et M. De Lorgeril)  n'était en réalité qu'un artéfact.

 

  En effet, les français n'ont dérivé que récemment vers une alimentation malsaine ; et les maladies chroniques mettent des décennies à apparaître. Si aux USA on mange mal depuis 50 ans, en France c'est depuis hier ! Un peu comme si on décidait aujourd'hui de fumer, et qu'on ne retrouvait pas d'accroissement mesurable du cancer du poumon demain : ce qui signifierait que fumer ne cause pas de cancer ; en effet, le cancer, ça prend du temps, il faut nécessairement 30 à 40 ans d'exposition pour voir apparaître la maladie.

 

  La consommation d'aliments riches en graisses animales a augmenté depuis peu en France (environ 20 ans) et la consommation d'alcool (réputé protecteur) a régulièrement diminué. Puisque les maladies chroniques mettent des décennies à apparaître, les taux de mortalité cardiovasculaire n'ont donc pas eu le temps nécessaire de s'ajuster en réponse à cette nouvelle alimentation.

 

  En France, la proportion d'énergie fournie par l'alimentation grasse est passée de 10 % à 40 % au cours des 20 dernières années. En comparaison, aux USA, la proportion d'énergie issue des graisses alimentaires atteignait 40 % en 1950 et se maintient depuis plus de 50 ans. Aucun paradoxe, en effet…

 

   Faisons parler les chiffres. Si l'on compare les taux de mortalité coronarienne avec les quantités de cholestérol et de graisses saturées consommées il y a 20 ans, la France apparaît inhabituellement protégée, on sait maintenant pourquoi (retard d'alimentation grasse animale sur les autres pays).


  En corrigeant ce fait, la France devrait donc bel et bien s'aligner sur la mortalité coronarienne des autres pays. Or, les courbes ne montrent pas de changement ! Ah Ah ! Paradoxe te revoilà ! Pas du tout. L'explication est assez surprenante…

 

  Car il se trouve que les médecins français sous-estiment fortement les morts par maladies coronariennes ischémiques parmi les causes de la mort rapportées sur les certificats de décès… et ceci est validé par les investigations de l'OMS ! Le glas a définitivement sonné sur le paradoxe…

 


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